LES 5 ARTISTES LES PLUS INSPIRANTS DE L'ART-CHITECTURE

#3 Valentine Schlegel

ATHILIE à Nice · Vendredi 29 Janvier 2021 · TEMPS DE LECTURE ESTIMÉ : 7 MINUTES

Nous aurions pu vous parler des super-stars de l’architecture contemporaine et de leurs oeuvres gigantesques à couper le souffle. Chez Athilie, nous vous proposons plutôt 5 nouveaux portraits : des artistes, des architectes, des designers, des créateurs, des inventeurs, des personnalités libres aux univers très personnels à travers des photos et des vidéos, parfois trop méconnus du grand public.

Après les installations de Christo, et les maisons sculptures de Jacques Couëlle sur la Côte d'Azur dans les Alpes-Maritimes. Nous restons dans le même thème avec l'iconique sculptrice Valentine Schlegel.

Céramiste triomphante des années 50 pour qui l'art se trouve dans le quotidien. Quotidien qu'elle rendra exceptionnel avec ses "sculptures d'usage".

Valentine Schlegel dans son atelier, prise en photo par Agnès Varda

VALENTINE SCHLEGEL : LA PROVENCE ET LA MÉDITERRANÉE 

Née en 1925 à Sète, Valentine Schlegel est issue d'une famille artisane. Son grand-père est ébéniste et son père restaure du mobilier. Elle passe toute son enfance dans des ateliers à s'imprégner de cet univers.

Avant de partir vivre à Paris, elle intègre en 1942 l'école des Beaux-Arts de Montpellier. Artiste aux multiples facettes, Valentine évoluera dans plusieurs domaines : costumière, directrice artistique pour le festival d'Avignon ou pour des films, céramiste, sculptrice et enseignante.

Très attachée à sa ville natale, elle restera toute sa vie marquée par ses origines provençales et méditerranéennes. Son inspiration vient de la mer, du sable, des voiles et du vent.

Il n'est pas rare que ses créations prennent des allures de coquillage ou ressemblent à des volumes de voile en poupe.

C'est aussi à Sète, qu'adolescente Valentine fera la connaissance et se liera d'amitié avec Agnès Varda, future photographe et cinéaste qui partage son amour de la mer.

Sculpture de Valentine Schlegel sur une plage méditerranéenne, photographiée par Agnès Varda

« J’ai connu Valentine, la 3ème fille des Schlegel en 3ème et nous avons partagé pendant 10 ans des voyages, des découvertes et des 400 coups. »

AGNÈS VARDA

Valentine Schlegel dans son atelier rue Bezout, en train de réaliser des vases en céramique

« (...) Valentine si libre, si sauvage, a été une artiste inspirée par la nature et ses éléments.

Elle a d’abord choisi la céramique, sculpter des vases de forme si fluide.

Collectionneuse de couteaux et d’objets populaires, elle aimait les fabriquer elle-même, comme ses sandales en cuir ou ses ceintures.

Elle a fait des cheminées blanches en plâtre avec des courbes qui dégagent une douceur infinie. Je me rappelle de son énergie solaire, de son caractère parfois brusque, de sa cuisine où elle m’épluchait des noix en parlant de tout et de rien, de ses mains si fines et belles.

On malaxait ensemble de la belle terre rouge, on faisait des colombins, on tournait un bol. On riait... J’aimais faire la sieste dans son hamac. J’aimais sa maisonnette. (...)  »

ROSALIE VARDA - (fille d'Agnès Varda)

Un service de table et un vase en céramique de Valentine Schlegel

VALENTINE SCHLEGEL : LA NÉCESSITÉ PLUS QUE L'AMBITION 

Valentine n'a jamais cherché à être célèbre ou même devenir une artiste reconnue. Il fallait vivre et survivre, la nécessité plus que l'ambition.

En 1945, Valentine quitte son sud natal pour s'installer à Paris. Elle y découvre la céramique et la sculpture avec une amie des Beaux-Arts de Montpellier. Les deux amies partagent un atelier rue Vavin jusqu'en 1951. Elles travaillent sur des objets du quotidien en céramique aux influences antiques et méditerranéennes.

À partir de 1954 et jusque dans les années 1960, Valentine commencera a tourner ou monter ses premières céramiques au colombin. Des pièces plus hautes, plus volumineuses.

En 1955, elle expose pour la première fois à la galerie La Roue avec Elisabeth Joulia. « Joulia, Schlegel et Jacqueline Lerat sont les trois prêtresses de la céramique de cette époque » rappelle Hélène Bertin.

Une cheminée créée et construite par Valentine Schlegel.

« Je n’ai pas essayé de faire une œuvre. Il fallait vivre et survivre avec ce que j’avais - un corps solide. Une œuvre liée au corps, l’utilitaire. J’aime le quotidien exceptionnel. Je pars du geste. »

VALENTINE SCHLEGEL

Une cheminée créée et construite par Valentine Schlegel.

L'ENSEIGNEMENT ET L'AMÉNAGEMENT : L'ART SANS LA MANIÈRE

Malgré un travail prolifique, Valentine Schlegel vit difficilement de son art.

L'enseignement va lui permettre de sortir de la précarité. Elle commence à enseigner au lycée de Sèvres et aux Arts décoratifs de Paris de 1958 à 1987. 

Valentine donne des cours de modelage aux enfants de moins de 13 ans, c'est elle qui créa l'enseignement de cette discipline pour apprendre le travail de la terre et du plâtre aux plus jeunes. Son travail lui plait, et les élèves l'apprécient. Elle a notamment formé le décorateur et architecte d'intérieur Jacques Grange.

Quelques années plus tard, en 1964, Agnès Varda réalise un court métrage "Les enfants du musée", montrant la vie de ces ateliers avec les enfants, Valentine ainsi que Pierre Belvès.

Des élèves pendant le cours de modelage de Valentine Schlegel aux Arts décoratifs de Paris

« J’avais 11 ans. Son atelier sentait bon la terre. Elle travaillait en sabots devant un grand tour à pied. Elle était libre, travaillait de ses mains et gagnait sa vie. Elle est devenue pour moi un modèle. »

FRÉDÉRIC SICHEL-DULONG (l'un de ses élèves)

Une cheminée en plâtre et un vase en céramique réalisés par Valentine Schlegel.

UNE CHEMINÉE POUR POSER UN VASE À FLEURS

L'aventure des cheminées commence en 1959 grâce à un vase que Valentine a créé pour ses clients. Comme personne ne racontera mieux qu'elle le début de cette belle histoire, je vous invite à l'écouter dans l'émission « Par les temps qui courent » à 3:35 minutes.

Jusqu'en 2002, elle va créer et construire avec un ancien élève devenu son assistant Frédéric Sichel-Dulong, une centaine de cheminées in situ, pour le plus grand bonheur de ses clients, dont l'actrice Jeanne Moreau.

En plâtre d'un blanc immaculé, les cheminées débordent du foyer et se répandent dans le reste de l'appartement dans une souplesse extrême et pleine de poésie. Valentine en profite pour y intégrer des étagères, un lit, un canapé... Ses cheminées sont un peu la synthèse de toute son oeuvre.

Des sculptures toutes en courbes, moelleuses, bombées, pointues, dures et douces à la fois. Inspirées par la Méditerranée et les bateaux Sétois qu'elle a côtoyés toute son enfance.

En 2014, pour leur défilé printemps-été, Dior va s'inspirer de l'architecture sculpture de Valentine Schlegel mais aussi de l'architecte Jacques Couëlle, eux-mêmes inspirés par les grottes troglodytes.

Athilie - articles - Valentine Schlegel

Jeanne Moreau pose dans son appartement parisien, devant sa nouvelle cheminée, créée par Valentine Schlegel

Valentine Schlegel a aujourd'hui 96 ans, mais malheureusement, il est très difficile de pouvoir contempler son art principalement destiné aux particuliers. Si vous avez la chance d'être témoin de ses réalisations n'hésitez pas à les partager avec nous !

Merci aux Arts Décoratifs de Paris, à France Culture et tout particulièrement Hélène Bertin

Athilie - articles - Valentine Schlegel

Une cheminée créée et construite par Valentine Schlegel.